Armelle de Job de coeur

Armelle Job de coeur ellecroit.comArmelle a eu la bonne idée de lancer un blog sur la thématique du travail et de la foi : “Job de coeur” ! Dans cette interview elle nous présente son blog bien sûr, mais nous abordons aussi un thème pertinent : la gestion du travail quand on est maman. Bonne lecture 🙂

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis mariée depuis 22 ans, j’ai deux filles de presque 20 ans et presque 13 ans. J’ai fait toute ma carrière dans la finance et la comptabilité. Au niveau des hobbies, j’adore la littérature anglaise, en particulier Jane Austen et Georgette Heyer ainsi que la littérature de romance en général. Mon rêve est de pouvoir écrire un livre aussi.

Comment t’es-tu convertie ? Quelle est ton histoire avec le Dieu de l’univers ? 

Je suis devenue chrétienne à l’âge de 20 ans, alors que j’étais en 2ème année à HEC. J’ai grandi dans une famille paternelle anticléricale, donc j’ai eu une éducation religieuse minimale. Mais cela a semé des graines de foi.

A 20 ans, une copine d’HEC m’a parlé de sa découverte de la Bible et sa joie m’a donné envie d’en savoir plus. J’ai alors découvert les Evangiles pour la première fois. Un grand déclic s’est fait avec Jean 8 et Jésus avec la femme adultère. Son amour et sa compassion m’ont donné envie d’aimer à mon tour sans juger, ce qui était loin d’être mon comportement. J’ai mis quelques semaines de plus à comprendre le sacrifice de Jésus pour moi personnellement sur la croix, au niveau du cœur. Mais Dieu m’a finalement touchée et fait tomber mes défenses. J’ai été baptisée il y a exactement 30 ans, en mars 1989.

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Pourquoi as-tu créé « Job de cœur » ? 

L’idée de Job de Cœur est née l’an dernier, alors que j’étais directrice financière. J’ai été vite très éprouvée à ce poste que j’ai démarré en 2016. J’ai détecté des manipulations comptables frauduleuses par quelqu’un de mon équipe, je partageais mon bureau avec un autre comptable qui faisait erreur sur erreur, et j’avais des échéances quasiment impossibles à tenir, ceci avec très peu de soutien! J’ai très vite ressenti mon besoin de Dieu et de puiser auprès de Lui et dans les Ecritures la force et les réponses aux nombreux défis que je rencontrais! J’ai pris l’habitude de noter les thèmes et les Ecritures correspondantes. C’est alors que j’ai eu l’idée de partager mon expérience dans un blog pour aider les autres à mieux comprendre la volonté de Dieu à leur travail et voir sa puissance se manifester. C’est important pour que nos journées aient du sens. Trop souvent nous séparons notre travail du reste de nos activités spirituelles.

Qu’est-ce qu’on va pouvoir y trouver ?

J’y publie des articles sur différents thèmes liés à la vie chrétienne professionnelle (par exemple l’hospitalité au travail, ou prochainement, comment mieux vivre l’injustice au travail). J’y mets aussi des ressources plus permanentes, comme des revues de livres qui m’ont inspirée, mais également des exemples de prières pour le travail, des sites et blogs etc. Je souhaite aussi, comme toi, faire des interviews de chrétiens qui partageront leur expérience spécifique au travail. 

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Dans ton parcours professionnel, as-tu eu des moments où tu as fait une pause pour rester avec tes enfants ? Si oui pourquoi ?

Oui, après chaque grossesse, j’ai cumulé avec des congés afin de rester cinq mois environ avec mes filles. Pour la première, j’ai ensuite repris à 80%. Mon mari avait des difficultés à trouver un travail stable, donc la question de rester à la maison ou pas ne s’est pas posée. Et je ne sais pas très bien gérer mes pensées quand je n’ai pas d’activité structurante. Travailler aux 4/5èmes me paraissait donc un bon compromis. La difficulté, c’est que pour mon poste de cadre comptable en cabinet, cela revenait à faire en 4 jours ce que je faisais précédemment en 5 ! C’était beaucoup de pression sur les jours de travail. J’étais aussi très investie dans mon église, y compris mon jour « libre ». J’ai sous-estimé ce que devenir maman impliquait en termes de lien et temps passé avec mon enfant. Je ne réalisais pas que j’avais une vie bien trop chargée pour une jeune maman. Tout cela a créé un baby-blues à retardement quand ma fille avait environ 9 mois. J’ai été arrêtée, puis j’ai repris à mi-temps seulement dans une autre entreprise, avant de reprendre à plein temps quand ma fille avait 4 ans. Le mi-temps était autant pour mon propre équilibre de vie que pour ma fille.

Pour la seconde, j’ai repris à plein temps car je voulais éviter le piège du 80% et je n’avais pas les moyens de prendre un congé parental malgré mes calculs. Mais grâce à mon bon salaire, j’ai fait le choix de payer une baby-sitter à domicile qui faisait également le ménage. Cela a bien fonctionné deux ou trois ans. Mais mon poste de Responsable financier Europe a pris de l’ampleur sans avoir les ressources humaines en face. J’ai fait un burn-out  en 2011 (j’en parlerai également dans le blog !). J’ai alors décidé de quitter mon entreprise et de me reconvertir dans une activité moins stressante : formatrice en comptabilité en tant qu’indépendante, ce qui me donnait de la souplesse et un temps partiel. Je l’ai fait autant pour moi que pour mes filles. Quand on n’est pas épanouie en tant que maman, cela se répercute sur nos enfants. Ce qui est frappant, c’est que l’institutrice de maternelle de ma fille m’a dit qu’elle se concentrait beaucoup mieux et progressait davantage depuis que j’avais levé le pied. J’ai eu quelques années très plaisantes, avec un bon équilibre vie pro / vie perso.

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Malheureusement, je n’ai pas réussi à en vivre suffisamment bien pour que mon mari et moi abordions sereinement l’avenir du budget familial. Cela mettait beaucoup de pression sur lui professionnellement. Nous avions aussi des doutes sur la pérennité de mon activité. J’ai dû faire face au budget familial et aux besoins de mon mari, notamment pour qu’il puisse être libre de changer d’activité. J’ai beaucoup prié pour me soumettre à Dieu, cela ressemblait plutôt à Gethsémané honnêtement : « Mon Dieu, je n’ai pas envie de retourner à un poste de direction financière à plein temps, s’il te plaît Papa, pas ça ! ». Mais Dieu a dit « non » et j’ai été prise rapidement à un nouveau poste, le fameux qui m’a donné envie de créer Job de Cœur…

Cependant, après avoir tenu 2 ans à une cadence infernale, j’ai décidé de négocier mon départ pour éviter tout risque de retomber dans le burn-out. En parallèle, ma fille cadette est tombée malade plusieurs mois, donc l’appel inverse était clair. J’ai donc quitté mon poste de Directrice financière en mai 2018, autant pour moi que pour ma fille pré-ado.

Actuellement, j’aide mon mari à développer sa start-up technologique à mi-temps, et le reste du temps je le consacre à mon blog, à l’écriture en général et bien sûr à ma vie familiale et spirituelle. Cela me convient très bien. C’est une réponse à mes prières ! Je pense que Dieu m’a fait passer par ces 2 années difficiles pour me bénir incroyablement ensuite.

 Comment se sont passées ces pauses ? Qu’est-ce que cela t’a apporté ? 

C’était compliqué avec mon premier bébé, car je voulais bien faire en tant que maman mais je me heurtais à des conseils contradictoires de mon entourage, surtout mes amies, et j’avais l’impression d’avoir faux tout le temps ! Et sortir avec un bébé me semblait une montagne ! J’étais beaucoup plus détendue avec la seconde, et j’en ai mieux profité.

De manière générale, j’ai préféré les périodes de pause quand elles étaient plus grandes, car j’étais plus à l’aise avec le fait d’échanger par la parole avec mes filles, faire des activités ensemble etc. Prendre le goûter avec elles, prendre le temps de parler, regarder des dessins animés, faire de la pâtisserie, ce sont des moments précieux. J’ai aussi apprécié de moins faire les choses dans l’urgence et la fatigue. Quand on travaille, on doit tout caser le soir et le week-end, y compris les lessives etc. Avoir le temps de signer les papiers d’école et les chèques de cantine avant le dîner, c’est appréciable quand on a eu l’habitude de le faire à 22h!

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Mais aussi qu’est-ce que ton travail t’a apporté ?

De manière générale, j’ai besoin d’avoir l’esprit occupé et structuré pour aller bien. Donc, mon métier dans la comptabilité me convenait parfaitement. J’y suis aussi devenue quasi bilingue anglais, ayant travaillé dans des groupes internationaux. Cela me donne accès à de multiples ressources spirituelles anglo-saxonnes !

Egalement, cela m’a permis d’avoir des sujets de conversation stimulants avec mon mari. Il est cadre aussi, et il a toujours voulu que je travaille. Pour lui, mon indépendance financière et mon ouverture sur le monde extérieur ont toujours été très importantes.

Enfin, j’y ai trouvé des collègues formidables, dont certaines sont devenues des amies. Et j’ai pu souvent témoigner de ma foi.

Quels sont les défis en tant que chrétienne dans le monde du travail pour toi ?

Le principal défi est de ne pas devenir découragée et critique dans un contexte professionnel difficile, mais de toujours voir ce qui est bon au milieu de tout son travail (j’adore Ecclésiaste). Il faut garder son cœur plus que toute autre chose. Le monde du travail est vraiment un bastion du « monde » au sens biblique. C’est pourquoi on a besoin de Dieu pour bien faire son travail même quand personne ne l’apprécie, aimer ses collègues même quand ils nous font des « crasses », respecter sa hiérarchie même lorsqu’elle prend de mauvaises décisions, et créer un lien unique, précieux, intime, éternel avec notre Dieu à travers cela. Mon Ecriture fétiche pour le travail est Matthieu 6 :19-21, où Jésus nous encourage à amasser des trésors dans le ciel, pas sur la terre. Je pense que si on se souvient que notre but est de devenir plus comme Jésus, on évite déjà beaucoup d’écueils.

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Par ailleurs, un défi pour nous, en tant que femmes, est que nous restons responsables des « soins domestiques » selon Tite 2. Nous pouvons déléguer à notre époux, à une aide extérieure, écrire des instructions à notre maman, faire des post-it sur le frigo pour nos enfants, mais nous continuons de superviser l’ensemble. Cela peut être lourd à porter parfois quand on a un travail très prenant.   

Un conseil/message pour les femmes chrétiennes d’aujourd’hui ?

En tant que femmes, nous avons beaucoup de mal à avoir une bonne estime de nous-mêmes, et nous avons tendance à chercher notre valeur dans nos accomplissements et dans le regard et l’approbation des autres. Mon conseil est de toujours revenir à Jésus et de relire l’Evangile de Jean régulièrement, où il nous promet l’eau vive qui ne nous donnera plus jamais soif, le pain de vie qui nous épargnera la mort, le cep qui nous permettra de porter du fruit etc. Chercher ailleurs la source de notre confiance profonde va se révéler un piège tôt ou tard.

As-tu quelque chose à rajouter ?

Bloom where you are planted! Cela veut dire littéralement : Fleurissez là où vous êtes plantée ! Quelle que soit votre situation de vie présente, Dieu vous a mise là pour une raison et il a préparé de magnifiques œuvres bonnes pour vous !

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Un grand merci à Armelle pour cette interview. Vous pouvez découvrir son blog par ici Job de coeur et suivre la page Pinterest dédiée. Il y a aussi un groupe privé sur Facebook pour discuter autour de ce thème.

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Et vous ? Le thème du travail et de la foi vous intéresse t’il ?